Cette séance du Conseil supérieur de l’éducation se tient dans un contexte particulièrement préoccupant. Les choix gouvernementaux continuent d’accroître les inégalités sociales et territoriales, d’affaiblir les services publics et de fragiliser les droits collectifs. L’École ne peut être pensée indépendamment de cette évolution générale qui touche l’ensemble de la société. La FSU s’inquiète d’abord de la multiplication de projets législatifs qui remettent en cause les libertés publiques et l’État de droit. Derrière les discours sur l’efficacité de l’action publique ou la sécurité, se dessine un renforcement du pouvoir exécutif au détriment des contre-pouvoirs démocratiques. Ces orientations constituent un danger pour les droits sociaux, les libertés associatives et syndicales ainsi que pour l’ensemble des services publics.

Le monde associatif, acteur essentiel de l’émancipation, de l’éducation populaire, de l’inclusion et de la cohésion sociale, est aujourd’hui soumis à une offensive sans précédent. Il subit aussi une cure d’austérité sans précédent. Alors que les subventions locales disparaissent, l’État a réduit les siennes de 40% en 3 ans. Cela impacte grandement leur modèle économique provoquant un plan social d’ampleur dénoncé par les organisations syndicales et mettant en danger l’existence même d’un grand nombre d’entre elles. Cette précarité financière participe en outre d’une mise sous tutelle politique sous l’effet des logiques d’appel à projet, contraire aux missions historiques des associations. Elle demande à l’État de redonner les moyens aux associations de fonctionner en toute autonomie et indépendance. Elle rappelle son engagement au sein d’un certain nombre d’entre elles.

La situation de la fonction publique demeure également très préoccupante. Le développement de l’emploi contractuel, encouragé par la loi de transformation de la fonction publique, accentue la précarité et fragilise le statut général des fonctionnaires. Dans l’Éducation nationale comme dans l’ensemble des services publics, les difficultés de recrutement, la perte d’attractivité des métiers et la dégradation des conditions de travail sont les conséquences directes de politiques qui ont privilégié la réduction des coûts plutôt que l’investissement humain. La FSU continue de revendiquer l’abrogation de cette loi, une politique salariale ambitieuse et la reconstruction d’une fonction publique statutaire ambitieuse au service de l’intérêt général.

Les enjeux d’égalité entre les femmes et les hommes restent au cœur de nos préoccupations. Les accords signés doivent désormais produire des effets réels sur les carrières, les rémunérations, les conditions de travail et l’accès aux responsabilités. La féminisation de nombreux métiers de l’éducation, de l’accompagnement et du soin continue de s’accompagner d’une sous-valorisation salariale et sociale. La situation des AESH en constitue l’exemple le plus emblématique : emploi massivement féminin, rémunérations insuffisantes, temps partiels imposés et absence de véritable reconnaissance professionnelle. La FSU revendique la création d’un corps de catégorie B et une amélioration substantielle des conditions d’exercice de ces personnels indispensables au fonctionnement du service public d’éducation.

Dans le champ éducatif, les choix ministériels confirment une orientation préoccupante. La proposition de loi déposée consistant à utiliser les résultats aux évaluations nationales pour définir la carte de l’éducation prioritaire, marque une rupture profonde avec les principes fondateurs de cette politique. Pour la FSU, l’éducation prioritaire doit continuer à reposer sur des critères sociaux afin de donner davantage à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Nous refusons toute logique de classement des établissements fondée sur la performance scolaire, qui conduirait à renforcer les inégalités et la concurrence entre écoles.

La question de l’école inclusive reste également centrale. Malgré les besoins croissants, les réponses apportées continuent de relever d’une logique de mutualisation et de gestion de la pénurie. Lors des discussions de la proposition de loi à l’Assemblée, la généralisation des Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS) a été rejetée par les parlementaires, une raison supplémentaire pour la FSU de demander l’arrêt de ce dispositif. Ces PAS prolongent les logiques qui ont montré leurs limites avec les PIAL. L’inclusion ne peut se réduire à une organisation administrative des manques. Elle exige des moyens humains, des personnels formés, des effectifs allégés et une véritable reconnaissance des métiers de l’accompagnement.

La FSU s’oppose également aux dispositifs qui organisent un tri toujours plus précoce des élèves. La pérennisation des classes de prépa-Seconde, les restrictions envisagées dans l’accès au lycée et à l’enseignement supérieur, ainsi que les difficultés rencontrées dans la formation initiale des enseignant·es, participent d’une même logique de sélection. À rebours de ces orientations, nous défendons une École qui vise la réussite de toutes et tous et qui donne à chaque jeune les moyens de poursuivre ses études et de construire son avenir.

Enfin, la dégradation des politiques de protection de l’enfance illustre les effets d’un désengagement de l’État dans les domaines les plus essentiels. Face à l’augmentation des besoins, le gouvernement privilégie l’adaptation à la pénurie plutôt que le renforcement des moyens humains et financiers. Ce sont les enfants les plus fragiles qui en paient le prix.

Pour la FSU, les défis sociaux, démocratiques, écologiques et éducatifs auxquels notre société est confrontée exigent des choix radicalement différents. Ils nécessitent des services publics renforcés, des personnels reconnus et correctement rémunérés, une politique ambitieuse de réduction des inégalités et un engagement renouvelé en faveur de l’émancipation de toutes et tous. C’est ce projet que la FSU continuera à porter dans les mobilisations à venir et au sein de cette instance.