Claire Pontais, responsable égalité au SNEP-FSU et au Centre d’études EPS & Société, a animé le stage de formation syndicale « Egalité de genres » organisé par les FSU67 et 68 en décembre. Elle répond à nos questions.
- Comment les stéréotypes de genre influencent les pratiques pédagogiques ? Comment faire pour y remédier ?
Les stéréotypes de genre influencent tous nos comportements au quotidien, inconsciemment. Il n’est donc pas étonnant qu’ils influencent nos pratiques pédagogiques, y compris nos contenus d’enseignement. La recherche commence à bien documenter tout cela. Exemples : d’une manière générale les enseignantꞏes donnent plus souvent la parole aux garçons qu’aux filles, et ne les interrogent pas sur les mêmes contenus, différencient leurs façons de donner des explications, n’écrivent pas le même type d’appréciations dans des livrets scolaires. Tous ces « petits riens » renforcent les stéréotypes, perpétuer les a priori sur les incapacités – soit disant « naturelles » – des filles en maths, en EPS, à faire tel ou tel métier, etc…
Sur les contenus d’enseignement, les pièges sont nombreux : en histoire, les femmes ont été invisibilisées, en EPS il est encore courant d’entendre que les filles n’aiment pas les sports collectifs, ni la compétition, et d’éviter de programmer de la danse parce que les garçons n’aiment pas ça ! On peut multiplier les exemples à l’infini… Pour pouvoir y remédier, il faut d’abord en prendre conscience ! Donc la priorité, c’est la formation des enseignant∙es, pas seulement sur les questions d’égalité, mais aussi sur les questions didactiques et pédagogiques. Les deux aspects doivent être intégrés pour que l’éducation à l’égalité ne soit pas vécue seulement comme une leçon de morale. Par exemple : dire à un garçon « d’être gentil » avec une fille et de lui faire une passe… ne permet pas à la fille d’apprendre où se placer sur le terrain pour recevoir la balle et renforce le sentiment de supériorité du garçon !
L’enjeu est d’avoir les mêmes ambitions pour tous les élèves, sans distinction de sexe et sans a apriori. C’est l’idée d’apprendre ensemble une culture commune qui doit nous guider.
- Que peuvent mettre en place les enseignant.es dans leur classe pour éduquer à l’égalité de genres ?
Il y a beaucoup de pistes de travail. Tout d’abord, faire un état des lieux de ses propres pratiques : consignes, conseils, évaluation, interrelations…, avec une idée directrice : que fais-je déjà dans ma classe qui permet à tous les élèves, sans distinction de sexe, d’apprendre et de progresser ? À partir de là, on prend conscience de ce qui est porteur d’égalité, de ce qu’il faut changer, des résistances des élèves, on repère les élèves plus sensibles aux stéréotypes sexués ou pas, etc…
À l’école primaire, le travail sur la cour de récréation est un bon indicateur et un bon moyen de travailler en équipe sur les questions d’égalité !
Il est également important de s’interroger sur la discipline qu’on enseigne. Les maths, les sciences et l’EPS sont du côté du masculin, et nécessite une vigilance sur les stéréotypes que les élèves, voire les manuels, véhiculent. À l’inverse, la littérature est souvent du côté du féminin. Apprendre aux garçons à exprimer leur sensibilité est aussi important que permettre aux filles d’avoir confiance en elles dans les matières scientifiques.
Et il y a bien sûr tous les projets spécifiques sur l’égalité avec des entrées différentes suivant les âges : les métiers, le sport, le rapport aux corps, les jouets, l’influence des réseaux sociaux… les débats à partir de films de fiction ou de courts-métrages pour élèves[1] ou encore l’EVARS. Il est évident que pour traiter sereinement tous ces sujets, il faut développer la formation des enseignant∙es et de tous les personnels éducatifs.
- La persistance de l’orientation scolaire sexuée nourrit la division sexuée des métiers. Réintroduire des quotas dans l’accès aux classes préparatoires (proposition des inspections générales des finances, et de l’éducation) ou dans certaines filières mathématiques et scientifiques pourrait-il être une solution?
Comme le dit Isabelle Collet, chercheuse sur le genre en informatique, « face au sexisme, le quota n’est pas une solution politiquement correcte, mais c’est la plus efficace ! ». Dans certaines filières informatiques, les quotas ont permis de produire une forte mixité, avant d’être supprimés parce que devenus inutiles. Au SNEP-FSU, nous débattons de la possibilité de réintroduire les quotas à l’entrée en Staps et au CAPEPS pour avoir à nouveau une profession mixte. Mais des quotas ne suffiront pas, il faut aussi ouvrir des options en lycées, et continuer de lutter contre les discriminations et stéréotypes sexuées dans le sport.
[1] Un outil : Stéréotypes Stéréomeufs, des très courts métrages en ligne élaborés par ADOSEN Prévention Santé MGEN pour sensibiliser à la question de l’égalité femmes-hommes dès le plus jeune âge. Pour y accéder, cliquez ici sur le lien.
BAS-RHIN